Comment être considéré comme un bon chercheur …

Posted on février 20, 2009

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… par les décideurs et comme un escroc par ses pairs.

A l’heure actuelle, la méthode la plus simple (simpliste) pour évaluer les chercheurs est de compter les articles qu’ils ont publiés dans des journaux spécialisées à comité de lecture*. Un indicateur un peu plus élaboré et censé rendre compte de l’importance de la contribution d’un chercheur est l’indice H (H index)**.

Voici quelques méthodes pour accroître votre liste de publication et votre indice H. Elles sont classées par valeur non-éthique croissante:

  1. le « donnant-donnant »: tu veux des données, je veux être co-auteur. En général, c’est normal mais cela devient hautement discutable quand les données ont déjà été publiées (et donc publiques et accessibles à tous). Dans ce cas là, un remerciement à la fin de l’article devrait faire l’affaire et encore.
  2. le « copinage »: tu seras co-auteur sur mon prochain article et je serai co-auteur sur le tien (sous-entendu: sans travailler sur la recherche qui est dans l’article).
  3. le « salami » ou « saucisson »: vous découpez votre papier en plusieurs parties ou tranches. Par exemple: « Un nouveau modèle pour mesurer la température de l’eau froide: théorie », »Un nouveau modèle pour mesurer la température de l’eau froide: formulation », « Un nouveau modèle pour mesurer la température de l’eau froide: benchmarking », « Un nouveau modèle pour mesurer la température de l’eau froide: application à l’eau du robinet ». Oui en général, ça marche très bien en modélisation. Ce coup-là, vous augmentez votre liste de publication et votre indice H; car dans chaque tranche de salami, vous faites référence à la tranche précédente et même, si vous avez le culot, à la tranche suivante.
  4. la « dilution ». C’est pareil que le salami mais à l’échelle de la thématique de recherche. Par exemple: « Impact de la viande rouge sur la mouche bleue », « Impact de la viande blanche sur la mouche bleue », « Impact de la viande de venaison sur la mouche bleue ». Dans ce cas-là, le plus beau c’est que vous pouvez achever le sujet par un article de synthèse (une review):  » Impact de la viande sur la mouche bleue: une synthèse ». Même bénéfice que précédemment: publication et indice H.
  5. le « conflictuel ». Celui-ci est à prendre avec des gants et je ne le conseillerai pas à un jeune chercheur. Le but est de générer des citations en pagaille (plutôt négatives mais au final l’indice H augmente et c’est le but recherché), des réponses et des réponses aux réponses (oui les réponses, à partir du moment où elles sont publiées, comptent comme des articles complets).
  6. le « limite-c-est-des-conneries ». Réservé aux pontes. Très difficile car l’article doit quand même être publié (d’où l’intérêt d’avoir un ponte en co-auteur, ça aide). L’indice H explose et, même avec un peu de chance, vous pourrez sortir de l’académique pur et passer au JT.

* Quand un chercheur décide de publier ses travaux, il écrit un article et le soumet à un journal. Chaque journal peut être classé suivant son Facteur d’Impact, ou IF en anglais. L’article est alors évalué par les pairs avant d’être, si accepté, publié dans la revue. Comme des images valent mieux que des longues phrases voici dans le détail le processus d’évaluation pour une revue classique (ici tous les journaux publiés par l’American Meteorological Society),

ams_chartCliquez sur l’image.

et par une revue en accès libre de l’European Geosciences Union: Atmospheric Chemistry and Physics

copernicus_publications_two_stage_concept Cliquez sur l’image.

pr_acp_peer_review_publication_and_interactive_discussion Cliquez sur l’image.

** D’après Hirsch, le créateur de l’indice, « Un scientifique a un indice h si h de [ses] Np articles ont chacun au moins h citations, et les autres (Np – h) articles ont au plus h citations chacun ». Pour simplifié, votre serviteur avait un indice H = 6 l’année dernière, cela signifie que 6 de mes articles ont été cités au moins 6 fois.

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Posted in: academic, astuce, science